Auteur

Dominique Costermans

Née à Bruxelles dans les Marolles d’un père voyageur et d’une mère cosmopolite, journaliste de formation, Dominique Costermans s’est lancée dans l’écriture de fiction il y a une quinzaine d’années.… En savoir plus

a publié
chez Quadrature

Extrait

Les étrennes

D’un côté, il y avait mon père. Plus âgé que les autres papas, il me paraissait sévère et rigide. Nous le craignions tous, y compris ma mère, et nous redoutions ses colères dont la raison nous échappait souvent. J’étais l’ainée de trois, mais au-delà de ce noyau familial, nous n’avions personne. Ni oncles, ni tantes, ni cousins. Mes grandsparents avaient disparu avant ma naissance et les aléas de la vie avaient rendu mes parents enfants uniques. Juste après ma naissance, ils avaient quitté Bruxelles pour ouvrir un commerce en province, où personne ne nous connaissait et où, forcément, nous n’avions pas de racines.

De l’autre côté – je veux dire de l’autre côté de la clôture du jardin – il y avait ma grand-mère. Quand j’étais petite, ma grand-mère s’appelait Madame Dubout, entendez : Madame du Bout du Jardin. Je l’ai toujours connue vieille, avec un chignon gris, en train de bêcher son potager malgré des jambes gonflées par la rétention d’eau. Quand mon ballon atterrissait chez elle, elle me le renvoyait sans aucun reproche, au contraire d’autres voisins. Mais pas à la main comme on l’aurait attendu d’une petite vieille dame aux grosses jambes, non, tenez-vous bien : elle shootait dedans ! Nous papotions souvent comme deux commères de part et d’autre de la clôture, du haut de mes quatre ans, du haut de ses septante ans. Ma mère, de sa cuisine, s’est souvent demandé ce que nous pouvions bien nous dire.

Dans la presse

« L’écriture est revenue dans ma vie »

le 22 février 2014 - Ariane Bilteryst

Nos lecteurs

Wéry Catherine

à propos du recueil Petites coupures

J’aime pas les nouvelles… Il m’est arrivé une histoire de fou ! Depuis de lustres : le lundi soir, je lis. Le mardi soir, je lis. Le mercredi soir, je vous passe la suite car je risque de finir par écrire un roman… et je n’aime que les lire. Eh oui, je suis une fanatique du genre, exclusive dans mes amours. Embrigadée, victime plus que consentante, dans une bande de lectrices frénétiques, boulimiques et tout aussi fanatiques que moi, me voici atterrie à une foire du LIVRE. Jusque-là, vous me direz, tout est logique. Je vous le concède. C’est pourtant à ce moment que tout a dérapé. La machine s’est enrayée. Je suis immergée, submergée par des milliers de livres. Je suis perdue, moi qui apprécie tant le tête à tête solitaire avec l’ouvrage quand je lis et, que l’extérieur disparait peu à peu comme quand la brume se lève. Que faire ? Fuir ? Pas possible, je covoiture. Mes petits neurones tentent de trouver une solution rationnelle pour me sortir de cette sidération. Ma planche de salut sera de trouver un fil d’Ariane, ou de Catherine (oui, pour ne rien vous cacher : c’est mon prénom) qui me permettra, telle une bouée improvisée, de surnager. J’en reviens donc à mes premières amours le dessin, la peinture et le graphisme. J’ajuste dès lors mes lunettes qui ne me quittent, comme les romans que quand le sommeil revendique sa place avec trop d’insistance, en mode « IMAGE». Je me mets en route. Au gré de mes pérégrinations, je commence par acheter un recueil de poésies. Cherchez l’erreur ! Là toutefois j’ai une excuse, il y avait des photos à chaque page. Ensuite, me voilà happée par un stand où tout semble me parler : la cohérence graphique, les couleurs, les formats et quelques quatrièmes de couverture alléchants. Je me pourlèche déjà les babines… Une charmante personne s’avance vers moi et, horreur, me dit « ce sont tous des recueils de nouvelles » Horrifiée, oui c’est redondant, je m’entends lui assener sans ménagement aucun « j’aime pas les nouvelles » ! Super elle reste zen, moi j’aurais certainement paru vexée. Un reste de bonne éducation et sans doute un soupçon de culpabilité me titillent ; « Et je fais quoi, moi, maintenant ? » Je me surprends à reprendre en main un des ouvrages que j’avais reposé comme s’il me brûlait les doigts. Je le tâte, je l’observe : il a tout de même l’air inoffensif. Et je sors mes « petits coupures ». Un peu pour me racheter auprès de cette aimable personne, j’en prends deux. Au diable l’avarice ! Sur le chemin du retour, je ne peux m’empêcher de me morigéner me tançant pour ces dépenses inconsidérées et sans doute inutiles (encore un reste d’une éducation où le livret d’épargne régnait en maître). De plus, je n’ai pas de romans dans mon escarcelle ! Zut je risque d’être en manque. Le soir fidèle à moi-même, je lis un roman que j’avais honteusement délaissé. Le lendemain, je me décide à autopsier mes achats. Je les extrais de mon sac, je les regarde, je les palpe et finis par en ouvrir un. Après tout c’est un texte. Il n’y a pas péril en la demeure. Le naturel reprend le dessus et je me mets à lire pensant abandonner très vite. Le calme régnait dans la maison, les tourbillons familiaux – et parfois trublions- avaient regagné leurs lieux de vie et la soirée s’annonçait d’autant plus tôt que le ciel était gris et terne. Enfoncée dans mon fauteuil au coin du feu, je me mets à lire. Je sais, c’est cliché. Est-ce la raison, ou du moins la seule? Je lis et, bizarre je continue, comme par magie : CELA ME PLAIT. Des souvenirs d’enfance remontent à la surface, le comble, je me surprends à avoir envie de faire écho à ces lectures. Pourrais-je mettre en scènes, moi-même ces instants de la vie quotidienne remplis d’anecdotes ? Pourrais-je aimer les nouvelles au point d’avoir envie de m’y essayer ? Est-ce grave docteur ? Que faire contre ce virus sui semble surgir de nulle part et vouloir m’agresser? Des idées trottent, trottent dans ma tête. J’écris des titres… C’est déjà ça, pour la suite on verra. Je vous laisse, je vais terminer mes lectures de … NOUVELLES. Je le promets, je vous raconterai ! Un merci tout particulier à Dominique Costermans qui a éveillé en moi toute une série de potentiels titres sur l’argent, l’école et autres thèmes, je crois que je vais tenter l’expérience ! Blaugies, 19 novembre 2019 Catherine Wéry