Onze histoires de femmes d’ici et d’ailleurs. Elles font des rencontres, amoureuses ou pas, sont confrontées au passé, vivent ou construisent un changement. Pour quelques-unes, le quotidien devient aventure. Les récits ont une fin parfois inattendue, comme dans la vie. Mais ne dit-on pas qu’il n’y a pas de hasard ?
- ISBN 9782931080627 (format broché)
- 108 pages
- Livre broché - 18€
Extrait
Recomposition orageuse
Vingt-trois heures cinquante. Marie-France coupe son portable. Elle s’en veut. Elle a menti à Luc, pour la première fois. En trois ans de vie commune, même pas un petit mensonge par omission. Mais, ce soir, elle n’a pas voulu l’inquiéter ni gâcher son plaisir. Il attend depuis tant d’années ce festival d’Angoulême, grande fête du neuvième art et la mise à l’honneur de sa dernière création.
Elle regagne la salle d’attente. Le personnel est pourtant rassurant : « Ce n’est pas grave ». Elle sent la colère monter contre Alix, regrette et, l’instant d’après, réprime une bouffée de stress. Assise sur une mauvaise chaise, sa vision se limite à un mur couvert d’affiches conçues pour les hypocondriaques. Sans aucune idée du temps encore à passer dans ce local sans fenêtres, air conditionné et néons blafards. Elle examine discrètement ses voisins d’infortune. De qui émanent ces effluves peu engageants ? De cette dame d’un âge incertain qui, le verbe haut, s’en prend à son mari ou du petit homme rabougri à ses côtés ? De cet impatient aux jambes à la recherche du mouvement perpétuel ? De ce jeune hirsute, aux yeux dans le vague ? De cette mémé geignant qui se balance doucement ? Marie-France ferme les yeux. Elle tente de chasser la réminiscence de cette soirée à rebondissements.
Il est vingt-deux heures. Elle s’assied enfin dans le canapé. Après une journée à tenter d’inculquer l’amour de la littérature à une trentaine d’adolescents, genrés ou non et d’origines diverses. Avec, comme dessert vespéral, les tâches ménagères d’une famille recomposée de trois adolescentes et d’un artiste à l’esprit bohème. Elle a profité de la soirée en solitaire pour régler un contentieux avec le désordre de la maison. Sa fille Caroline est en mid-week paternel tandis que Cristelle, l’ainée de Luc, est en voyage de fin d’études secondaires. Quant à Alix, la cadette de son compagnon, quinze ans et quelques mois, en révolte perpétuelle, elle passe la nuit chez une copine. Avec l’accord de sa mère, selon ce que Marie-France a déduit de l’éructation « C’est pas ton problème, t’es pas ma mère ! » juste avant le claquement de la porte d’entrée.

