Auteur

Thierry Covolo

En lisant les dix nouvelles qui constituent ce recueil, on se dira que Thierry Covolo a un certain penchant pour la littérature américaine, et on aura bien raison. Né au… En savoir plus

a publié
chez Quadrature

Extrait

Billy Rank est un type super

 

Billy était une vingtaine de mètres plus bas. Au milieu du jardin, assis sur la chaise en plastique blanc où je l’avais installé. Il me criait quelque chose. De là où j’étais, tout en haut du château d’eau, j’étais bien incapable de capter ce qu’il me disait. Ça aurait aussi bien pu être le croassement d’un corbeau ou les pleurs d’un môme. À vrai dire, je m’en fichais. Je n’avais pas traversé la moitié du pays pour écouter le genre de connerie qu’il était en train de débiter.

Je me suis assis en haut du château d’eau et j’ai allumé une cigarette. J’ai regardé le ciel et je me suis demandé ce que devenait la fumée des cigarettes quand elle atteignait les nuages.

Billy avait besoin d’un peu de temps. Je n’avais pas de problème avec ça. Je n’étais pas à quelques minutes près. Ça faisait quatre jours que j’avais pris la route depuis Scottsdale. Et un paquet d’années que j’attendais ce moment.

Le premier à me prendre, ça avait été un camion de fruits et légumes. J’aurais préféré un chouette bahut noir chargé de matériel high-tech, ou mieux, un transport de voitures de luxe, mais quand on fait du stop et qu’on est pressé, on n’a pas les moyens de faire le difficile. Alors pourquoi pas ce camion de fruits et légumes, un peu fatigué, genre « Faites pas attention à moi, je suis rien qu’un camion insignifiant ». Genre où des clandestins se planquent pour passer la frontière après avoir filé un billet au chauffeur. Quand t’ouvres les portes, tu ne vois que des caisses de fruits, mais tout au fond, derrière les caisses, y a des familles entières qui s’entassent. Faut vraiment ne pas avoir de fierté pour s’entasser comme ça. Ça pue la crasse et la pisse. Y a même des gosses et des vieux. Personne me fera croire que les gosses et les vieux viennent pour bosser !

Le camion m’a dépassé et s’est arrêté un peu plus loin. Je suis sûr que le chauffeur s’attendait à ce que je coure. Souvent, ces mecs font exprès de s’arrêter à une cinquantaine de mètres. Pour qu’en courant tu leur montres à quel point tu es reconnaissant. Genre le bon toutou qui rapplique la queue entre les jambes et la langue pendante. Moi, me mettre à courir ? C’était mal me connaitre. Et puis, il allait faire quoi, le chauffeur, si je ne courais pas ? Se barrer ? Essaie un peu, pour voir. Tu verras ce qu’il te fera, mon pote Billy, si tu te barres sans m’attendre.

Je vais à Gallup, dans le Nouveau-Mexique, m’a dit le gars. Je lui ai répondu que c’était sur ma route, que ma boussole pointait vers le nord, et je suis monté dans son camion pourri.

Dans la presse