Costermans

Auteur

Dominique Costermans

Née à Bruxelles dans les Marolles d’un père voyageur et d’une mère cosmopolite, journaliste de formation, Dominique Costermans s’est lancée dans l’écriture de fiction il y a une quinzaine d’années.… En savoir plus

a publié
chez Quadrature

Extrait

Les étrennes

D’un côté, il y avait mon père. Plus âgé que les autres papas, il me paraissait sévère et rigide. Nous le craignions tous, y compris ma mère, et nous redoutions ses colères dont la raison nous échappait souvent. J’étais l’ainée de trois, mais au-delà de ce noyau familial, nous n’avions personne. Ni oncles, ni tantes, ni cousins. Mes grandsparents avaient disparu avant ma naissance et les aléas de la vie avaient rendu mes parents enfants uniques. Juste après ma naissance, ils avaient quitté Bruxelles pour ouvrir un commerce en province, où personne ne nous connaissait et où, forcément, nous n’avions pas de racines.

De l’autre côté – je veux dire de l’autre côté de la clôture du jardin – il y avait ma grand-mère. Quand j’étais petite, ma grand-mère s’appelait Madame Dubout, entendez : Madame du Bout du Jardin. Je l’ai toujours connue vieille, avec un chignon gris, en train de bêcher son potager malgré des jambes gonflées par la rétention d’eau. Quand mon ballon atterrissait chez elle, elle me le renvoyait sans aucun reproche, au contraire d’autres voisins. Mais pas à la main comme on l’aurait attendu d’une petite vieille dame aux grosses jambes, non, tenez-vous bien : elle shootait dedans ! Nous papotions souvent comme deux commères de part et d’autre de la clôture, du haut de mes quatre ans, du haut de ses septante ans. Ma mère, de sa cuisine, s’est souvent demandé ce que nous pouvions bien nous dire.